Ces impôts qui nous tuent à petit feu


Un essai d'une brutale lucidité vient de paraître sur la fiscalité française et les nombreux dégâts qu'elle provoque dans notre économie. Décapant !


L'auteur, Yves Jacquin Depeyre, dont le livre est titré La Réconciliation fiscale(éditions Odile Jacob), est vraiment un expert : économiste et avocat de formation, il a créé et longtemps dirigé le premier établissement privé agréé pour intervenir fiscalement auprès des millionnaires étrangers et des exilés français. Il a pu observer de près notre monstre fiscal et, à la lecture de son essai, on reste abasourdi devant le fonctionnement du réacteur qui palpite à l'intérieur de la forteresse de Bercy et qui, par ses outrances et ses préjugés aveugles, participe activement à la déstabilisation de l'économie française.


Tout remettre à plat

L'auteur est partisan de tout remettre à plat et défend la nécessité de faire preuve d'« intelligence fiscale » afin d'espérer pouvoir réconcilier un jour les Français avec l'impôt. Bienvenue en enfer ! En attendant, sans états d'âme et de manière claire et accessible, il constate que ni les politiques ni les économistes qui les conseillent ne sont des praticiens de l'impôt. Pire encore, ils ne l'utilisent souvent qu'à des fins purement électorales comme une arme politique, parfois de destruction massive, ainsi que l'a montré François Hollande pendant sa campagne électorale de 2012, avec son annonce d'un impôt de 75 % « sur les plus riches ».


Yves Jacquin Depeyre, qui pense que la question fiscale sera inévitablement au cœur de la prochaine élection présidentielle, a rassemblé dans son ouvrage des constats accablants comme celui-ci : « Une course mondiale est engagée depuis longtemps pour attirer les fortunes et les capitaux qui feront les recettes fiscales de demain. Seule la France ne l'a pas encore compris, prisonnière d'une véritable mécanique de l'appauvrissement. »


Sa démonstration est implacable : nos politiciens raisonnent comme si la France était seule au monde, répétant ainsi l'erreur tragique de Louis XIV lorsqu'il révoqua l'édit de Nantes : les fortunes et les talents protestants quittèrent le royaume en masse, ce qui appauvrit la France et renforça l'Angleterre, lui permettant de récupérer sa suprématie maritime.


Jacquin Depeyre rappelle que les milliers de bourgeois et de rentiers qui se sont retrouvés récemment dans la nasse de Bercy ne détenaient en Suisse que des avoirs moyens de 735 000 euros, soit la valeur d'un agréable appartement de 85 mètres carrés à Paris. En matière de gestion de fortune, où il faut compter un minimum de 3 millions d'euros pour exister auprès des gestionnaires spécialisés, un gros « client » à 3 milliards vaut 1 000 clients à 3 millions. Les 44 000 Français qui se sont dénoncés ou qui ont été rattrapés par la patrouille ne pèsent pas plus, à eux tous, que le seul Bernard Arnault, dont la fortune se compte en dizaines de milliards d'euros.


En vérité, souligne l'auteur, « quand la France signe des accords pour lutter contre l'évasion fiscale, sans s'être dotée au préalable d'une fiscalité compétitive, elle pousse ses contribuables dans les bras de ses voisins ». Par « fiscalité compétitive », il faut bien entendu comprendre « fiscalité attractive »… En somme, martyriser les contribuables n'est pas la solution et mettre des miradors aux cinq coins de l'Hexagone encore moins. « La naïveté française est tout simplement déconcertante », écrit-il, ajoutant : « Plus nous verrouillons notre système fiscal, sans en changer les vices de construction, plus nous perfectionnons notre machine à perdre. »


Sous contrôle étranger

Ainsi, nos plus grandes et nos plus belles entreprises passent-elles petit à petit sous le contrôle d'investisseurs étrangers. 90 % du CAC 40 était détenu par des nationaux en 1980, avant l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Aujourd'hui, c'est à peine 50 %, le reste est passé entre des mains étrangères. D'autre part, d'ores et déjà un quart de nos ETI (entreprises de taille intermédiaire) sont devenues des filiales de groupes internationaux et, comme par hasard, il s'agit des plus belles et des plus compétitives.


Et tout cela se déroule dans l'opacité la plus totale ! L'Insee, qui est chargé d'examiner les comptes du pays, ne donne aucun chiffre, aucune indication, pas la moindre évaluation du montant des actifs et des richesses qu'emportent avec eux nos exilés fiscaux, après avoir vendu leur entreprise pour satisfaire aux exigences de Bercy. Comment peut-on admettre cela à notre époque, qu'on puisse obliger des enfants à vendre l'entreprise de leurs parents pour payer de l'ISF et des droits de succession ? Comment définir un pays qui agit ainsi contre ses propres ressortissants ?


Tous ces mouvements donc, échappent aux statistiques « depuis la disparition du contrôle des changes, nous précise l'auteur, de telle sorte que 100 000 logements, 1 000 PME, 100 centres commerciaux ou 20 % de la capitalisation boursière française peuvent tomber dans l'escarcelle de fonds de pension étrangers » sans que Bercy et l'Insee ne les prennent en compte. Les nouveaux propriétaires de ces actifs, étant étrangers, « ne paieront le plus souvent ni impôt sur la fortune, ni droits de succession, voire aucun impôt sur les dividendes, ni même sur leurs loyers, mais rien ne le signalera »

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C'est ainsi que la France s'appauvrit sans s'en apercevoir et que ce problème majeur reste à ce jour « littéralement invisible ». Dans son livre, La Réconciliation fiscale, Yves Jacquin Depeyre n'est pas loin de penser que Bercy, qui se conduit comme une brute épaisse envers ses propres citoyens, s'étonne ou fait semblant de s'étonner que ces derniers ne veuillent plus rester sous les projecteurs de ses miradors et s'enfuient de plus en plus de leur prison fiscale par des tunnels souterrains de plus en plus nombreux.

Voilà comment, associant à la fois la bêtise et l'agressivité sournoise, avec la complicité d'un roi de France qui, d'ailleurs, ressemblerait autant à Louis XVI pour son incompétence qu'à Louis XIV pour son édit de Nantes, on risque d'aboutir au même résultat, la ruine tragique d'un grand pays fier et courageux qui n'a rien fait pour mériter un tel traitement aussi dégradant, aussi injuste et aussi dangereux pour son avenir.


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